L’HISTOIRE DE L’ÉDUCATION QUÉBÉCOISE DEPUIS LES ANNÉES 50 par Kenbouchia Moussadikine

Années 50 :
Majoritairement parlant, sont seules les classes aisées, les protestants, les garçons et les anglophones qui fréquentaient l’école Québécoise avant les années 50. Les pauvres, les catholiques, les francophones et les filles sont plus sujets de discrimination et de décrochage scolaire. L’école était aux mains de l’église, la religion, la langue et la nation étaient les pôles du projet éducatif dont les instituteurs laïques revendiquaient en espérance de changement de la structure enseignante, celle-ci, s’est marquée par les mauvaises conditions de travail, les salaires insuffisants et la formation déficiente des futurs maîtres.
Années 60 :
La révolution tranquille arrive dans les années 60 et le débat social sur la démocratisation de l’enseignement prend son ampleur. Les valeurs religieuses et l’ordre social priment, la grande charte de l’éducation de 61 pallie les besoins urgents en éducation et le projet éducatif pour un accès égalitaire aux études et la justice sociale s’installe. L’espérance : s’instruire pour s’enrichir, minimiser les écarts sociaux et égalitaires. Le Québec évolue socialement, économiquement, scientifiquement et technologiquement, la poussée démographique, la demande accrue des parents pour une scolarité prolongée, l’industrialisation et l’urbanisation, le besoin de qualification et de professionnalisation des employés, la diminution des échecs scolaires formaient de grands enjeux face à une telle réforme scolaire et sociologique.
Une école ouverte pour une société ouverte était le référentiel pour idéaliser la société et atteindre une mobilité sociales positive dont l’égalité des chances, la réussite scolaire et les valeurs communes de socialisation, comme définit par les fonctionnalistes, restent les gages de la libération et de la réalisation individuelle. C’est cette théorie du capital humain justement, qui justifiait les investissements injectés en éducation. Mais, malheureusement les objectifs ci-précités ont peu aboutit.
Années 70 :
Les années 70 se sont démarqué par les contestations des libertaires et les protestations des étudiants contre la reproduction sociale inégalitaire. Les inégalités scolaires étaient au discours et les propositions pour bâtir une école de masse, maintenant, sont à l’affiche. Des livres : vert, orange et même rouge se présentent pour lutter contre l’exploitation de la bourgeoisie technocratique. Les enseignants étaient les vedettes de la pédagogie de conscientisation au rouage des capitalistes, ils l’ont transformé en pédagogie de masse à l’exclusion de l’élite. Bien entendu, la critique de l’école privée et de la confessionnalité faisaient partie du mouvement étudiants qui se mobilise pour une école démocratique. Malgré cela, les inégalités sociales et scolaires persistent, les orientations professionnelles diffèrent selon les milieux sociaux, le genre et la langue. Cependant, la sociologie marxiste vient avec la vision de la société de classe : telle école pour telle classe, agir sur la classe c’est agir pour la mobilité sociale, c’est comme si le destiné et le statut social sont prédéterminés. Mobilité absolue ou reproduction totale? les économistes de l’éducation schématisent l’influence des facteurs scolaires sur les taux de productivité de l’école et de la performance. D’une façon systémique, c’est important d’approfondir les méthodes pédagogiques, les processus d’apprentissage et les relations environnementales et familiales de l’élève pour une performance maximale de ce dernier. C’était bien la fonction de production en économie de l’éducation.
Années 80 :
Dans les années 80, une compression en éducation a été entrainée par la crise économique de 1981-1982. La classe entrepreneuriale apparait et le discours néolibéral et néoconservateur s’oriente vers la rationalité des acteurs et l’individualisme méthodologique dans le système d’éducation et aussi de l’institution scolaire. Une réalité frappante : une déconnexion prononcée entre les diplômes acquis et les possibilités d’insertion professionnelle en y ajoute les handicaps scolaires et sociaux. Et oui, les petits d’hier sont des adultes aujourd’hui, la génération « X » grandisse et les baby-boomers vieillissent. L’idéologie du moi apparait, et le bien être corporel et psychologique est recherché, et donc sont les individus qui sont importants et non la société elle-même.
Le marché de l’éducation se libère, il est lieu maintenant de la prospérité de toute la collectivité, pour ce, il faut ouvrir l’école aux « signaux du marché », et le système public à la concurrence privée pour donner à chaque parent plus de choix de l’école de son enfant pour une meilleur efficacité. Les formations se font selon les besoins du marché, Or, ces changements ne favorisent que les avantagés dans l’école et dans la société.
Des pratiques scolaires en remède, intégration des élèves en difficulté d’apprentissage et un enseignement de qualité pour les doués et les excellents, cependant, l’école publique, défit à nouveau deux vitesses, une régulière et une autre élitiste comme elle doit faire face à la farouche concurrence de l’école privée en croissance. Plusieurs actions se sont mises pour la résurgence du secteur privé et le renouveau du secteur public.
Les enseignants sont au centre de ce chamboulement où la qualité de l’éducation devient fonction de la qualité de l’apprentissage des élèves, qui, à son tour, découle de la qualité de la performance de l’enseignant. Pour refléter le rendement de son travail, ce dernier doit s’encadrer dans un modèle de professionnalisation technologique et organique où s’accentue l’aspect réflexif de l’acte d’enseigner et aussi l’évaluation des élèves, les interactions professionnelles et même son autonomie.
Depuis les années 1990 et 2010 :
La pensée de Boudon (1990)[1] vient attribuer les inégalités sociales aux choix et aux décisions rationnelles des acteurs sociaux au sein d’un système de différences personnelles, motivationnelles et culturelles contraint et les inégalités scolaires aux facteurs institutionnels et psychosociales. L’école a seulement une fonction de promotion sociale et la production sociale est une question de déterminisme individuel. Cet individu doit être bien soutenu dans ses orientations, choix et décisions.
La réforme se poursuit dans les années 1990-2010, de nouveaux enjeux contemporains de l’éducation sont en demande. De nouvelles questions se posent sur l’école, sur la réussite et sur le décrochage scolaire, plusieurs programmes éducatifs se réforment et réforment, les approches par objectif et le constructivisme sont critiqués et la concentration s’oriente vers l’approche par compétence, le socioconstructivisme, l’évaluation et l’apprentissage, ainsi les intentions éducatives prennent un « virage du succès » (MEQ, 1997a) selon la réforme de l’éducation de 1997[2] et l’insistance de la centrale de l’enseignement et les éditorialistes sur la tenue de l’État d’une vision d’ensemble du système d’éducation se sont concrétisés par la création de la commission d’État généraux sur l’éducation en 1995-1996. Enfin, les traits de l’école québécoise du XXIe siècle comment à se définir. Les États généraux exposent la situation[3] de l’éducation québécoise et démontrent le décalage qui existe dans le système éducatif québécois.
De nouvelles perspectives de changement et prises d’actions ont été prises par les États généraux, l’objectif est : bâtir un avenir de l’éducation dont les valeurs éducatives d’instruction, de socialisation et de qualification des élèves priment. Il fallait alors, diminuer les subventions accordées aux écoles privées et décréter un moratoire sur leurs ouvertures, il fallait également interdire les pratiques de sélection durant la période de la scolarité obligatoire dans les écoles publiques et assurer les conditions nécessaires pour une intégration réussie des élèves handicapés ou en difficultés d’apprentissage dont le dépistage, le plan d’intervention, l’expertise des intervenants, la sensibilisation des autre élèves et la disponibilité des ressource humaines et financières forment une obligation.
La proposition des États généraux des 10 chantiers de de rénovation du système scolaire visant l’orientation de l’attention vers les défavorisés socialement, vers le développement des services de garde à la petite enfance, vers la restructuration et la diversification des curriculums visant la consolidation de la formation professionnelle et technique, vers la réorganisation du système éducatif supérieur, vers la formation continue, vers le soutien aux acteurs sociaux, vers la redistribution des pouvoirs et des responsabilités dans le système éducatif, vers la poursuite de déconfessionnalisation et vers les financements destinés aux finalités éducatives étaient donc la grande réalisation des États généraux dans la réforme de l’éducation québécoise dans ces années. Ces réformes visent le succès, l’efficacité et l’efficience, il est donc temps pour changer vers le paradigme de l’apprentissage et l’enseignement explicite et aussi, c’est le temps de revoir le paradigme de l’évaluation.
Les années 2000 sont venues et les grands changements sont au rendez-vous. La nouvelle gouvernance en éducation vise des établissements autonomes, performants, efficaces et efficients orientés vers les clients et la diplomation, c’est ainsi que la loi sur l’administration publique visant l’atteinte des résultats dans les ministères, l’émergence de la pensée comptable en éducation, le réinvestissement en éducation et l’établissement des plans de réussite par le ministère de l’éducation en guidage du François Legault pour but d’une meilleure qualification ont vu le jour. La nouvelle gestion en éducation tenue par les commissions scolaires visant la volonté de repasser le retard scolaire s’est installée et la loi sur l’instruction publique tenue par le ministère de l’éducation en 2001 et en 2002 s’est mise en application. Dès lors, l’augmentation du pouvoir d’intervention et la pression exercée sur les établissements scolaires et sur le personnel enseignant pour l’implantation de la gestion par résultats en éducation, pour le rehaussement de la diplomation selon les milieux socioéconomiques du Québec et la décentralisation des pouvoirs et des responsabilités ont connu pratique et application.
Entre temps, plusieurs facteurs ont ouvert réflexion sur le milieu idéal pour un enseignant réussissant. Les propositions sur l’ordre professionnel du métier, la modernisation et la technophile de l’enseignement, la définition du référentiel des compétences et l’insertion professionnelle de l’enseignant ont beaucoup participé à l’autonomie professionnelle du personnel de ce domaine.
Alors quoi pour l’école marocaine? cette recherche est dédiée à mon école marocaine pour un changement positif.
Kenbouchia Moussadikine
[1] Tondreau, J. et Robert, M. (2011). Les enjeux éducatifs dans la conjoncture sociale. Dans L’école québécoise. Débats, enjeux et pratiques sociales (p. 92).
[2] Tondreau, J. et Robert, M. (2011). Les enjeux éducatifs dans la conjoncture sociale. Dans L’école québécoise. Débats, enjeux et pratiques sociales (p. 102).
[3] Ibid, P107